Les coiffures des années 1920

Pendant des siècles, les cheveux longs ont été considérés comme l’état naturel d'une femme, le seul gage de sa bienséance et de sa féminité. Se couper les cheveux courts était alors perçu comme un acte choquant, pour ne pas dire scandaleux. Alors, qu’est-ce qui a bien pu changer à l’aube des années 1920 ?
Plusieurs évolutions majeures se sont produites simultanément. Les années de guerre avaient d'abord rendu les cheveux courts terriblement pratiques pour les femmes qui travaillaient dans les usines et les hôpitaux. Puis, le vent des nouvelles libertés sociales a soufflé, incitant les femmes à sortir et à s'émanciper. En parallèle, l’essor du cinéma offrait à tous une fenêtre ouverte sur la vie glamour des vedettes du grand écran, qui exerçaient une influence considérable sur la mode. Enfin, une nouvelle génération de femmes refusait tout simplement qu’on lui dicte sa conduite.
Les salons de coiffure, qui servaient jusque-là une clientèle presque exclusivement masculine, ont alors ouvert grand leurs portes aux femmes. De nouveaux produits ont inondé le marché : lotions de mise en plis, brillantine et premières machines pour permanentes. Partout, les magazines de mode diffusaient les dernières tendances capillaires auprès des femmes du monde entier.
Le bob

Tout a commencé avec le bob, et aucune coiffure ne symbolise autant les années 1920 que ce fameux carré. Court, élégant et résolument moderne, le bob est devenu le look emblématique de la décennie. Cette coiffure proclamait qu’une nouvelle époque était arrivée. Aujourd’hui, vous n’y verriez peut-être qu’une simple coupe de cheveux, mais à son époque, le bob était un véritable phénomène de société.
Le bob classique des années 1920 était coupé droit, juste sous les oreilles, avec une nuque souvent encore plus courte. Les cheveux se portaient lisses et plaqués contre la tête, parfois glissés derrière les oreilles, parfois structurés par une raie sur le côté très prononcée. Le résultat était net, précis et radicalement différent de tout ce qui existait auparavant.
Cette coupe n’est pas apparue par magie. On attribue souvent sa création au célèbre coiffeur Antoine de Paris, qui aurait coupé les cheveux de la danseuse française Caryathis dans un style court vers 1909. Mais c’est véritablement dans les années 1920 que ce carré a captivé l’imagination du grand public.

Les raisons de son immense popularité sont multiples. D’un point de vue pratique, il était d’une incroyable facilité d’entretien. Habituées aux contraintes des cheveux longs, ces femmes découvraient la simplicité du bob : un coup de brosse, une touche de crème, et le tour était joué.
Le bob s’accordait également à la perfection avec la garde-robe de l’époque. Les robes à taille basse et les silhouettes droites des Années Folles étaient bien mieux mises en valeur par une coiffure courte et soignée que par des longueurs ou des chignons élaborés.
Sur le plan émotionnel et symbolique, le bob était plus puissant encore. Pour de nombreuses femmes, sacrifier leurs longueurs représentait un acte de libération personnel. Les journaux de l'époque relataient d'ailleurs cette mode avec un mélange d’inquiétude et de fascination. Certains employeurs refusaient d’embaucher des femmes ainsi coiffées, et certains maris menaçaient même de divorcer. Pourtant, la coupe continuait de gagner du terrain, pour la simple et bonne raison que les femmes qui l’adoptaient l’adoraient.
Le Shingle Bob

À mesure que la décennie avançait, le carré a évolué vers une version encore plus spectaculaire : le shingle bob. Alors que le bob classique était coupé droit tout autour de la tête, le shingle présentait un dégradé très précis à l’arrière, tandis que les côtés s’allongeaient en pointes fines vers les joues. L’ensemble produisait un effet à la fois affirmé et infiniment raffiné.
Le shingle bob a connu son heure de gloire vers 1923 et est resté à la mode jusqu’à la fin de la décennie. Il exigeait un savoir-faire bien plus pointu de la part du coiffeur qu’un bob classique, car le dégradé de la nuque devait être réalisé avec une précision d'orfèvre pour obtenir la ligne recherchée. Les femmes qui osaient cette coiffure étaient perçues comme particulièrement avant-gardistes.
L’une des caractéristiques essentielles du shingle bob était sa manière d’épouser merveilleusement la forme de la tête. Comme il était extrêmement court à l’arrière, il soulignait la courbe du crâne, considérée alors comme le comble de l'élégance.
Les finger waves

Si le bob était la coupe démocratique des années 1920 - portée aussi bien par les jeunes travailleuses que par les mondaines - les finger waves (les ondulations au doigt) en étaient l’expression la plus glamour. Il s’agissait d’ondulations sculptées en forme de S, modelées à même les cheveux courts pour créer un effet de vagues successives. Elles apportaient une touche de douceur et de féminité divine, même aux coupes les plus garçonnes.
La technique de réalisation des finger waves était simple sur le papier, mais exigeait un coup de main d'experte. Le coiffeur - ou la femme habile chez elle - appliquait une lotion de mise en plis sur les cheveux humides, puis utilisait un peigne et ses propres doigts pour dessiner ces fameuses courbes en S, maintenant chaque ondulation en place pendant le séchage. Le résultat ? Une chevelure lisse, sculptée de vagues parfaites qui conservaient leur tenue pendant des heures.
Les finger waves sont devenues extrêmement populaires, notamment parce qu’elles s’accordaient à merveille avec la vie nocturne de l’époque. Les tenues de soirée des années 1920 étaient synonymes d’éclat, de strass et de paillettes, et ces ondulations en constituaient l’écrin idéal.
Les ondulations Marcel

Proches des finger waves mais obtenues par une méthode totalement différente, les ondulations Marcel doivent leur nom au coiffeur français Marcel Grateau. Elles étaient réalisées à l’aide de fers spéciaux à la forme incurvée. Ces fers étaient chauffés, appliqués sur les mèches puis tournés selon une technique très précise afin de créer des vagues profondes et régulières.
Les ondulations Marcel étaient particulièrement prisées au début de la décennie et sont restées en vogue tout au long des années 1920. Elles étaient légèrement plus profondes et plus marquées que les finger waves. Pour les femmes qui conservaient des cheveux plus longs, elles constituaient le moyen idéal de moderniser leur apparence sans avoir à couper leur chevelure.
Cette technique nécessitait une grande dextérité ainsi qu’un excellent sens de la symétrie ; une ondulation Marcel réussie témoignait immédiatement du talent du coiffeur. Les femmes qui en avaient les moyens se rendaient ainsi régulièrement au salon pour entretenir leurs ondulations, car la coiffure avait tendance à perdre de sa superbe au fil des jours.

Si le bob faisait déjà tourner les têtes, l’Eton Crop a provoqué un véritable séisme. Baptisée ainsi en référence à la célèbre école anglaise pour garçons dont les élèves portaient une coupe similaire, l’Eton Crop était extrêmement courte sur l’ensemble de la tête. Les cheveux étaient coupés très près à l’arrière et sur les côtés, avec à peine plus de longueur sur le dessus, généralement plaqués ou coiffés sur le côté à l’aide d'huile ou de brillantine. C’était, au sens strict, une coiffure masculine adoptée par des femmes, s'imposant comme la coupe la plus radicale de la décennie.
Apparue au milieu des années 1920, l’Eton Crop était particulièrement appréciée des femmes qui souhaitaient affirmer de la manière la plus percutante possible leur indépendance et leur modernité. Très populaire dans les milieux artistiques et intellectuels, elle est devenue indissociable de l’univers avant-gardiste des écrivaines, des peintres et des esprits libres.
Pourquoi une femme choisissait-elle d’avoir les cheveux aussi courts à une époque où le simple bob faisait déjà scandale ? Pour certaines, c’était un choix purement esthétique : elles aimaient tout simplement ce style. Pour d’autres, l’Eton Crop était une remise en question délibérée des codes traditionnels du genre. Elle exprimait une idée simple : « Je ne vais pas me conformer à votre vision de la féminité simplement pour vous mettre à l’aise. Je choisis mon apparence selon mes propres désirs. »
Les coiffures longues des années 1920

Toutes les femmes des années 1920 n'ont pas succombé aux ciseaux. Beaucoup ont conservé leurs cheveux longs, que ce soit par préférence personnelle, sous la pression de leur entourage, ou tout simplement parce qu’elles aimaient leur chevelure ainsi. Cependant, même les cheveux longs ont suivi l'évolution de l'époque. Les coiffures élaborées et lourdes de la Belle Époque ont progressivement laissé place à des styles plus légers, plus doux, tout en restant résolument modernes.
Dans les années 1920, les cheveux longs se portaient presque toujours ondulés, que ce soit à l’aide du fer Marcel, de la technique des ondulations au doigt ou d’une permanente. Les cheveux raides et plats étaient considérés comme passés de mode et manquaient de chic. L’ondulation était le secret absolu : elle apportait du mouvement, de la lumière et cette élégance si recherchée durant cette décennie.
La machine à permanente

La machine à permanente a permis aux femmes aux cheveux naturellement raides d’obtenir des ondulations et des boucles durables. Le principe existait déjà depuis le début du XXe siècle, lorsque le coiffeur Karl Nessler mit au point un procédé utilisant des solutions chimiques et la chaleur pour modifier durablement la structure du cheveu.
Ses premières machines étaient d’immenses dispositifs impressionnants, composés de tiges suspendues reliées par des fils à un appareil chauffant. Le traitement durait plusieurs heures et était loin d’être une partie de plaisir. Pourtant, le résultat - des cheveux ondulés pour de longs mois - était une véritable révolution.
Tout au long des années 1920, ces machines ont été perfectionnées pour devenir plus compactes, plus sûres et plus accessibles. Les salons de coiffure, en Europe comme en Amérique, ont massivement investi dans ces équipements, faisant de la « permanente » l’un des services les plus demandés de la décennie.
À la fin des années 1920, des kits de permanente à domicile ont commencé à voir le jour. Toutefois, les produits chimiques étaient délicats à manipuler et les résultats restaient imprévisibles. De nombreuses tentatives à la maison se soldaient malheureusement par une chevelure plus crépue qu'ondulée !
Les produits capillaires des années 1920

Les années 1920 ont connu une véritable explosion de produits capillaires conçus pour les femmes. Ces nouveautés ont joué un rôle majeur dans la création et le maintien des coiffures emblématiques de l’époque.
La brillantine figurait en tête des produits les plus vendus. Cette huile ou cire légère et parfumée était idéale pour apporter une brillance miroir tout en disciplinant la coiffure. Elle permettait de conserver l’aspect parfaitement lisse et plaqué des styles portés près du crâne. Si les hommes l’utilisaient déjà depuis des décennies, les femmes se l’approprièrent à leur tour, notamment pour sublimer l'Eton crop et le carré shingle.
Les lotions fixatrices - des préparations liquides à base d’eau que vous appliquiez sur cheveux humides avant le coiffage - étaient indispensables pour sculpter les finger waves. Elles aidaient les ondulations à figer leur mouvement pendant le séchage, leur permettant de rester nettes et bien définies du matin jusqu'au soir.
Les pommades et les crèmes capillaires étaient également très courantes pour dompter les petites mèches rebelles. L’idéal de beauté des années 1920 reposait sur une netteté impeccable, et le choix du bon produit faisait toute la différence pour parfaire le look.
La couleur des cheveux dans les années 1920

Même si la grande révolution de la coloration grand public n’allait réellement exploser que dans les décennies suivantes, les années 1920 ont marqué le début d’une ère où les femmes ont commencé à teindre leurs cheveux de manière plus assumée et enthousiaste. Jusqu'alors, la coloration était quelque chose que l'on pratiquait en secret, sans jamais l’avouer.
La nuance la plus convoitée était le blond platine, un ton presque blanc aux reflets argentés magnifiques. Pour l’obtenir, il fallait décolorer le cheveu à l’aide de produits chimiques très agressifs, un procédé souvent dommageable pour la fibre capillaire, mais dont l’effet spectaculaire séduisait les plus audacieuses. Les stars de cinéma arborant ce blond platine devinrent de véritables icônes de glamour, inspirant d'innombrables femmes à faire de même.
Les cheveux roux ont également connu leur moment de gloire, en particulier les nuances cuivrées vibrantes qui offraient un contraste saisissant dans les films en noir et blanc de l’époque. La star de cinéma Clara Bow, bien que ses célèbres cheveux roux parussent gris dans les films en noir et blanc, a largement contribué à rendre cette couleur irrésistible.
Pour la majorité des femmes, cependant, la coloration restait obtenue par des moyens plus doux : des rinçages à base de plantes, du jus de citron pour s'éclaircir les cheveux au soleil, ou une utilisation très prudente des premiers produits commerciaux.
Les accessoires pour cheveux

Les années 1920 furent un véritable âge d’or pour les bijoux de tête, et les accessoires de cette époque comptent parmi les plus raffinés jamais créés.
Le bandeau était sans doute l’accessoire le plus caractéristique. Porté bas sur le front ou plus haut sur la tête, il se déclinait dans une multitude de matières : soie, velours, satin, métal ciselé ou rangées de perles. Certains étaient même ornés de plumes exotiques ou de fleurs en tissu. Le bandeau mettait merveilleusement en valeur le carré comme les cheveux longs.
Les peignes et les épingles à cheveux restaient indispensables, mais ils devinrent bien plus décoratifs qu'utilitaires. Le mouvement Art déco exerça une influence majeure sur leur design : les peignes se paraient de motifs géométriques, de lignes épurées et de formes abstraites typiques de cette esthétique si moderne.
Entre enthousiasme et inquiétude

Les magazines et les journaux de l’époque nous permettent de comprendre comment cette révolution capillaire a été vécue de l'intérieur. Le ton des articles oscillait constamment entre fascination et profonde inquiétude, entre l’éloge de la modernité et l’angoisse face au changement.
Les femmes qui sautaient le pas décrivaient souvent un sentiment immense de liberté et de légèreté. Elles évoquaient la sensation exquise du vent sur une nuque soudainement dégagée, les précieuses minutes gagnées chaque matin, ou encore le plaisir de voir dans le miroir le reflet d'une femme moderne, dynamique et maîtresse de son destin. Pour beaucoup, couper leurs cheveux courts restait l’une des meilleures décisions de leur vie.
Pourtant, ce choix ne faisait pas l'unanimité. Les voix conservatrices criaient au scandale, mettant en garde contre une prétendue « masculinisation » de la femme et une perte de sa beauté naturelle. Certaines Églises dénonçaient le carré du haut de la chaire, et les courriers des lecteurs débordaient de messages inquiets de citoyens voyant dans ces cheveux courts le signe d’une civilisation en plein déclin.
Avec le recul, cette panique morale peut vous sembler presque amusante. En regardant les photographies des femmes des années 1920, nous ne voyons pas du tout l’effondrement des valeurs, mais quelque chose de bien plus inspirant : des femmes qui s'approprient de nouvelles façons d’être belles, de nouvelles façons d’être elles-mêmes, et qui y prennent un plaisir immense.
Un héritage durable

Les années 1920 ont fini par s'éteindre, et la mode, fidèle à elle-même, a continué de tourner. Les années 1930 ont redonné leurs lettres de noblesse aux cheveux un peu plus longs, préférant des ondulations souples et des boucles douces aux carrés géométriques stricts. Beaucoup de femmes qui avaient adopté le court ont alors choisi de laisser repousser leurs longueurs.
Cependant, les années 1920 ont transformé à tout jamais l’univers de la coiffure féminine. Les innovations techniques et les mentalités bousculées durant cette décennie ne sont jamais totalement revenues en arrière. L’idée même qu’une femme puisse porter les cheveux courts, par choix et par élégance, est l’un des plus beaux héritages des années 1920, même s’il aura fallu encore quelques décennies pour que cette liberté soit pleinement et universellement acceptée.
Avant les années 1920, les coiffures féminines évoluaient à pas de loup, toujours cantonnées dans le cadre très strict de ce qui était jugé « convenable ». Après cette décennie magique, les frontières de la beauté se sont considérablement élargies, ouvrant la voie à une liberté d'expression capillaire qui, pour notre plus grand bonheur, ne s’est plus jamais arrêtée.
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