Les coiffures des années 1930

Les années 1930 s’ouvrent dans l’ombre du krach boursier de Wall Street de 1929, qui a provoqué l’effondrement des économies à travers le monde. Pour la plupart des familles, l’argent se faisait rare, et l’esprit insouciant des années 1920 - avec ses coupes de cheveux courtes et rebelles ainsi que ses fêtes extravagantes - semblait déjà appartenir à un passé lointain. Pourtant, les femmes continuaient de cultiver leur idéal de beauté, et la décennie qui s'annonçait allait voir naître certaines des coiffures les plus raffinées de l’histoire.
La technologie jouait également un rôle de premier plan. De nouveaux procédés chimiques permettaient désormais d’onduler, de boucler et de fixer les cheveux de manière à ce que la coiffure tienne pendant plusieurs jours. Si la machine à permanente existait déjà depuis le début du XXe siècle, elle fut perfectionnée tout au long des années 1930, rendant les boucles et les ondulations durables beaucoup plus accessibles aux femmes au quotidien.
Les ondulations au doigt (Finger Waves)

S’il fallait choisir une seule coiffure pour représenter toute la décennie, les ondulations au doigt seraient certainement parmi les meilleures candidates. Ces vagues sculptées en forme de « S », plaquées près du crâne et se déployant depuis le visage vers l’arrière, constituent probablement le style le plus emblématique des années 1930.
Les finger waves n’étaient pas entièrement nouvelles : elles étaient déjà apparues au milieu des années 1920. Toutefois, elles atteignirent leur apogée au début des années 1930. Elles correspondaient parfaitement à l’esthétique Art déco qui dominait alors l’architecture, la joaillerie et le design.
La réalisation des ondulations au doigt demandait un véritable savoir-faire. Une coiffeuse - ou une femme particulièrement patiente chez elle - commençait par humidifier les cheveux et appliquer généreusement une lotion ondulante ou un gel fixateur. Ensuite, à l’aide de ses doigts et d’un peigne à dents fines, elle modelait soigneusement la chevelure en vagues profondes et régulières, au plus près du cuir chevelu. Des pinces métalliques maintenaient chaque relief en place pendant le séchage. Une fois les pinces retirées et les cheveux délicatement brossés, le résultat révélait une succession d’ondulations brillantes, lisses et parfaitement plaquées contre la tête.
Ce style était particulièrement apprécié des femmes portant les cheveux courts, s'arrêtant juste au-dessus ou en dessous des oreilles. Il donnait à cette longueur une allure infiniment plus sophistiquée qu’un simple carré.
L’ondulation Marcel

Proche cousine de l’ondulation au doigt, l’ondulation Marcel doit son nom au coiffeur français Marcel Grateau, qui avait inventé cette technique dans les années 1870 à l’aide de pinces chauffantes spécialement conçues. Dans les années 1930, la méthode avait été perfectionnée et s'était imposée comme un incontournable de tout salon de beauté digne de ce nom.
Alors que les ondulations au doigt étaient créées uniquement avec les mains et un peigne, les ondulations Marcel étaient réalisées à l’aide de fers chauffants qui formaient des reliefs plus marqués. Le résultat offrait un dessin d’ondulations plus structuré, toujours près de la tête, mais doté d’une élégance particulièrement adaptée aux coiffures glamour du soir.
L’ondulation Marcel était particulièrement populaire pour les occasions spéciales. Une femme pouvait parfaitement porter une coiffure plus simple et plus souple pendant la journée, puis se rendre au salon avant un dîner ou une soirée afin de faire réaliser de nouvelles ondulations Marcel, lui assurant une élégance irréprochable jusqu’au bout de la nuit.
Le blond platine

L’actrice américaine Jean Harlow devint l’une des femmes les plus photographiées au monde durant les années 1930, et son apparence emblématique - des cheveux décolorés jusqu’à obtenir un blond presque blanc aux reflets argentés, ondulés près du crâne - provoqua une véritable sensation.
Les cheveux de Harlow étaient si clairs qu’on les qualifia de « blond platine », une expression qui entra immédiatement dans le langage courant. Partout, les femmes rêvaient d’arborer la même chevelure, et les salons de beauté furent rapidement pris d'assaut pour décolorer les cheveux plus foncés afin d’obtenir cette nuance presque irréelle. Les fabricants de produits capillaires développèrent rapidement de nouvelles formules décolorantes afin de répondre à la demande, tandis que les magazines publiaient des conseils - pas toujours très sûrs - pour reproduire cet effet à domicile.
Le blond platine se portait près de la tête, accompagné d’ondulations profondes. La pâleur de la chevelure accentuait chaque ombre créée par les vagues, produisant un effet visuel particulièrement saisissant. C’était un choix audacieux, mais parfaitement en accord avec le goût de l’époque pour le spectaculaire et avec la fascination grandissante pour le pouvoir du glamour féminin.
Le pageboy

À mesure que les femmes laissaient repousser leurs cheveux après les coupes très courtes des années 1920, le pageboy (coupe page) devint l’une des coiffures mi-longues les plus populaires de son époque. Sa silhouette était simple : des cheveux tombant au niveau du menton ou des épaules, dont les pointes étaient rabattues vers l’intérieur dans un mouvement lisse et arrondi. Le résultat dessinait une forme nette et harmonieuse.
Le pageboy était à la fois polyvalent et pratique, ce qui contribua largement à son succès. Il pouvait se faire sophistiqué ou rester très sobre selon les circonstances. Pour la journée, un pageboy structuré par une raie centrale ou latérale offrait une apparence soignée et professionnelle. Pour le soir, il suffisait d’ajouter davantage d’ondulations sur le dessus ou de placer un peigne ou une barrette décorative sur le côté.
Cette coiffure correspondait parfaitement à la préférence de la décennie pour les lignes structurées qui demeuraient néanmoins douces et féminines. Le mouvement incurvé des pointes lui conférait un charme délicatement arrondi, et lorsqu’elle venait d’être mise en plis et peignée, sa brillance captait magnifiquement la lumière.
Le pageboy connaîtrait plus tard plusieurs retours en grâce, notamment dans les années 1940 puis dans les années 1960. Cependant, son véritable âge d’or se situe bel et bien dans les années 1930, lorsque son alliance de praticité et d’élégance en fit une coiffure appréciée par les femmes de tous âges et de tous horizons.
Les boucles souples et naturelles

Toutes les femmes des années 1930 n’étaient pas attirées par la précision géométrique des finger waves. Pour celles qui préféraient un style plus chaleureux et romantique, les boucles souples constituaient une alternative particulièrement séduisante.
Les boucles douces des années 1930 étaient très différentes des boucles serrées des années 1940 ou des coiffures volumineuses des années 1980. Elles étaient légères, fluides et soigneusement disposées : des boucles qui semblaient tomber naturellement, créant un effet résolument féminin.
Ces boucles étaient souvent portées sur le côté, avec une profonde raie latérale qui faisait glisser une vague souple sur le front avant que les mèches ne se transforment en spirales légères autour des épaules ou de la nuque. Greta Garbo maîtrisait parfaitement ce style. Sa chevelure semblait toujours délicatement ondulée et légèrement bouclée, jamais rigide ni excessivement fixée.
Le chignon

À mesure que les cheveux s’allongeaient durant les années 1930, les façons élégantes de les attacher devinrent de plus en plus importantes. Le chignon, noué à l’arrière de la tête ou au creux de la nuque, fut un élément incontournable des coiffures de soirée tout au long de la décennie.
Contrairement aux coiffures élaborées de la génération précédente, le chignon des années 1930 était sobre et épuré. Les cheveux étaient lissés vers l’arrière depuis le visage - parfois accompagnés d’une légère ondulation à l’avant ou sur les côtés - puis rassemblés en un nœud élégant à l’arrière de la tête. Le résultat était à la fois digne et gracieux.
Le chignon pouvait être agrémenté de petits peignes, de barrettes ou même de fleurs fraîches lors des occasions festives. Un seul gardénia ou un camélia glissé dans un chignon était considéré, dans les années 1930, comme le summum du glamour pour une tenue de soirée.

Il serait facile de regarder les coiffures glamour inspirées d’Hollywood dans les années 1930 et d’imaginer que toutes les femmes se promenaient en permanence avec une chevelure impeccable. La réalité était toutefois bien plus pratique. La plupart des femmes n’avaient ni le temps ni les moyens financiers de se rendre régulièrement dans un salon de coiffure, et beaucoup passaient leurs journées à effectuer des travaux physiques qui exigeaient une coiffure beaucoup plus facile à entretenir.
Pour les femmes qui travaillaient, la coiffure quotidienne la plus courante était un style simple avec les cheveux ramenés vers l’arrière. Les cheveux étaient lissés loin du visage, puis fixés ou enroulés à l’arrière de la tête en un chignon. Cela permettait de garder la chevelure soignée, dégagée et à l’abri des machines ou des équipements, tout en conservant une apparence nette et respectable.
Même dans ces coiffures plus simples du quotidien, les femmes des années 1930 témoignaient d’un grand souci de présentation. Une raie bien droite, tracée avec soin à l’aide d’un peigne et d’un peu de brillantine, était considérée comme le minimum requis pour paraître correctement coiffée en public. À l’époque, quitter la maison sans avoir coiffé ses cheveux aurait été perçu comme un manque évident de soin et de tenue.
La raie

L’un des choix de mode les plus discrets mais aussi les plus significatifs des années 1930 concernait l’emplacement de la raie. Cela peut sembler un détail mineur, mais dans une décennie où les coiffures étaient soigneusement modelées près du crâne, la raie définissait toute la silhouette de la coiffure et pouvait transformer complètement l’architecture du visage d’une femme.
La raie profonde sur le côté était le choix dominant de la décennie. En décalant fortement la raie vers un côté, on créait un mouvement asymétrique de cheveux sur le front particulièrement flatteur. Les cheveux du côté le plus fourni pouvaient être ondulés vers l’arrière dans une large courbe élégante, tandis que ceux du côté opposé étaient lissés près de la tête. Cette asymétrie était extrêmement en vogue dans les années 1930.
La raie au milieu possédait un caractère quelque peu différent. Elle créait une apparence plus formelle et plus symétrique, particulièrement appréciée pour les coiffures aux lignes épurées. Bien qu’elle évoquât les styles plus sévères de la décennie précédente, elle trouva une nouvelle élégance dans les années 1930 lorsqu’elle était associée à des ondulations plus douces plutôt qu’à des coupes courtes aux contours stricts.
Couleur, brillance et texture

Parmi toutes les coiffures des années 1930, une qualité était universellement recherchée plus que presque toute autre : la brillance. Quelle que soit la forme donnée aux cheveux, ceux-ci devaient rayonner d’éclat. Les cheveux ternes, secs ou frisottants étaient considérés comme l’ennemi à combattre, et l’industrie de la beauté de l’époque proposait toute une gamme de produits destinés à les faire disparaître.
La brillantine était appliquée en petites quantités sur les coiffures terminées afin de leur donner un éclat brillant et raffiné. Bien qu’elle existât déjà depuis la fin du XIXe siècle, elle connut un succès particulier dans les années 1930, lorsque les coiffures plaquées près de la tête firent de la brillance non seulement un atout souhaitable, mais un élément absolument essentiel du style.
La couleur des cheveux jouait également un rôle majeur. La mode du blond platine lancée par Jean Harlow en fut l’exemple le plus spectaculaire, mais tout au long de la décennie, les femmes expérimentèrent en éclaircissant, en fonçant ou en sublimant leur couleur naturelle. Les rinçages à la camomille éclaircissaient les cheveux clairs, tandis que le henné apportait des reflets rouges chaleureux ainsi qu’une brillance profonde et riche aux cheveux plus foncés.
La texture la plus admirée - lisse, plate et brillante - était très différente des coiffures texturées et volontairement décoiffées qui apparaîtraient puis disparaîtraient au fil des décennies suivantes. Les cheveux devaient paraître parfaitement maîtrisés, et les efforts nécessaires pour obtenir ce résultat étaient considérés comme une partie normale de la routine quotidienne d’une femme.
D’Hollywood aux rues commerçantes

L’un des aspects les plus fascinants des années 1930 réside dans la rapidité avec laquelle les tendances de la mode se diffusaient depuis Hollywood vers le reste du monde, ainsi que dans la manière dont elles étaient adaptées et réinterprétées au fil de leur voyage. Toutes les femmes vivant dans une petite ville de France ou d’Angleterre ne pouvaient pas reproduire exactement l’apparence de Greta Garbo, mais beaucoup pouvaient s’en approcher de très près.
Les magazines féminins constituaient alors les grands vecteurs de diffusion de la mode. Ils publiaient des photographies, des illustrations et des guides détaillés étape par étape qui rendaient les dernières tendances hollywoodiennes accessibles aux femmes ordinaires.
Les salons de coiffure jouaient eux aussi un rôle considérable. Dans les années 1930, on trouvait déjà un coiffeur dans presque chaque rue commerçante d’Europe et d’Amérique du Nord, et les visites au salon n’étaient plus réservées aux seules personnes aisées. Les prix avaient baissé et les techniques étaient devenues plus standardisées.
Des variations régionales apparurent naturellement. Les femmes vivant dans des climats plus chauds préféraient parfois des versions plus légères et plus souples des coiffures structurées. Celles vivant dans des régions moins favorisées devaient souvent se contenter d’outils de coiffage plus simples. Cependant, les idéaux esthétiques fondamentaux - des cheveux lisses, brillants, maîtrisés et féminins - étaient largement partagés dans l’ensemble du monde occidental tout au long de la décennie.
La dignité dans les temps difficiles

Les coiffures des années 1930 nous révèlent quelque chose de profondément touchant sur les femmes qui les portaient. Au cours d’une décennie qui exigea énormément des gens ordinaires, ces femmes trouvaient malgré tout le temps et la fierté de soigner leur apparence.
Leurs cheveux soigneusement ondulés et rendus brillants grâce à la brillantine n’étaient pas une manifestation de vanité. Ils représentaient une forme de dignité. Ils exprimaient discrètement la conviction que la beauté et l’élégance avaient leur place, même dans les périodes les plus difficiles.
Que vous soyez attirée par la perfection des ondulations sculptées au doigt, par le romantisme des boucles souples, par le côté pratique de la coupe page ou par l’élégance intemporelle d’un chignon, les années 1930 offrent un univers capillaire d’une richesse et d’une inspiration inépuisables. À tous égards, cette décennie fut véritablement un âge d’or de la coiffure.
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